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Max Gallo, qui appartient à la jeune école historique française, a consacré
l'essentiel de ses travaux à l'histoire du fascisme. Il a apporté d'importantes
contributions à l'in-telligence du régime mussolinien et de l'Espagne
franquiste. "
Voilà
ce qu'on pouvait lire dans l'hebdomadaire L'Express vers 1970.
Difficile à croire, et pourtant ! Avant de vendre des best-sellers à
la tonne et de courir les plateaux de télévision, Max Gallo fut, en
son jeune temps, un historien universitaire des plus classiques, nanti
d'une thèse et d'une agrégation.
Son domaine d'études ? Les régimes autoritaires des années 1930. Il
s'enorgueillit d'avoir établi, bien avant Pierre Milza, que Mussolini
stipendiait la presse française, et que Laval, dès 1938, songeait à
un gouvernement Pétain. On réédite ces jours-ci une Nuit des longs
couteaux de sa plume - un peu éclipsée sur les présentoirs par sa
biographie de Victor Hugo - où, déjà, sous le sérieux universitaire,
perce le romancier à grand spectacle...
Encore cette première vie d'historien fut-elle précédée par une autre
! Car chez Max Gallo, véritable " homme-fleuve " (comme on dit roman
fleuve), tout se déroule à la façon " hénaurme ", pleine de rebondissements,
d'un feuilleton du XIX° siècle.
Max
Gallo en 1974 -
© R. Viollet
Il
était une fois, sur la baie des Anges, le fils d'un électricien d'origine
italienne... Pourvu pour tout diplôme d'un CAP d'ajusteur qui orne aujourd'hui
les murs de son spacieux appartement proche du Panthéon le jeune Max
se hissa à la force du poignet au poste de technicien à la RTF (Radio
télévision française).
"
Dès que je suis devenu un intellectuel, j'ai trouvé idiot d'être communiste
"
Parallèlement,
il militait au parti communiste. " Contrairement à François
Furet ou à Emmanuel Le Roy Ladurie, se souvient il, calé dans son
fauteuil de designer, un cigare entre les doigts, je ne suis pas
entré au PC comme un fils de bourgeois qui a des complexes de classe
et qui voit dans le prolétaire un messie, mais comme un ouvrier qui
subit une injustice ou pense en subir une. Dès que je suis devenu un
intellectuel qui lit des livres, j'ai trouvé qu'il était complètement
idiot d'être communiste."
Sa modeste condition ne pouvant assouvir son appétit d'ogre, il reprit
des études sous la houlette d'Ernest Labrousse, Pierre Renouvin et Raoul
Girardet. L'agrégation en poche (et le PC quitté en 1956), il devint
professeur au lycée Masséna puis à la faculté de Nice. Les dictatures
fascistes offrirent un sujet tout trouvé à ses premiers travaux rien
d'étonnant, quand on a grandi dans Nice occupée, et qu'à l'âge de douze
ans, en 1944, on a vu la soldatesque nazie pendre deux résistants à
des lampadaires...
L'année 1968 marque un tournant
dans la biographie de Max Gallo. Il décline le poste qu'on lui offre
à l'université de Vincennes, pour s'évader à Sciences Po. Bientôt, Jean
François Revel fait de lui un directeur de collections chez Robert Laffont.
Son rêve se réalise: être écrivain à Paris ! En rupture d'université,
Max Gallo enchaîne les livres à un rythme d'enfer : sagas romanesques
(La Baie des anges), essais politiques, fresques tricolores sur
fond de Révolution française ou de Résistance, biographies échevelées
de Robespierre, Garibaldi, Jean Jaurès, Jules Vallès, Rosa Luxemburg,
Napoléon; de Gaulle, Hugo...
Sans complexe, il intitule ses livres Les Clés de l'histoire contemporaine,
ou La Machinerie humaine, histoire de rivaliser avec Balzac.
La critique se gausse du " Michelet des hypermarchés ", Max Gallo
répond par ses tirages astronomiques (800 000 Napoléon vendus
!).
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Forçat
des lettres, Max Gallo est aussi un passionné de la politique. Il
soutient aujourd'hui Jean-Pierre Chevènement et son Mouvement des
Citoyens - ©
F. Bajande |
Forçat
des lettres, ce géant aux petites lunettes de prof se lève à quatre
heures du matin, travaille sans plan et sans documentaliste. Il privilégie
l'intime, les sentiments, traque le moment où le destin du grand homme
bascule. On lui reproche de ne faire " que " de l'histoire événementielle
? Il l'assume pleinement : " L'évènement, création
de l'initiative individuelle, enfante un nouveau paysage. Regardez le
11 septembre 2001... De toute façon, l'histoire, quelle qu'elle
soit, est toujours un récit. Et jamais elle n'épuise complètement une
réalité. "
Si les historiens " sérieux " ignorent cette production à gros traits,
le public, lui, en redemande. Avec son mètre quatre vingt treize de
chaleur contrôlée, sa voix sonore et sa pointe d'accent ensoleillé,
le populaire Max Gallo détient, avec Jean d'Ormesson, le record de participations
aux émissions de Bernard Pivot.
C'est sur le plateau d'Apostrophes
qu'à la fin des années 1970, à a croisé François Mitterrand. Ce fut
le véritable point de départ de sa carrière politique, son autre passion,
avec l'écriture. Le président socialiste se souviendra de lui en 1983,
en le bombardant (il est alors député PS de Nice) porte parole du gouvernement.
Une expérience plus passionnante que concluante. Candidat malheureux
aux municipales contre Jacques Médecin, Max Gallo sera aussi éphémère
patron du Matin de Paris, député européen jusqu'en 1990, date
à laquelle il quitte toute fonction au PS.
C'est que ce républicain à l'ancienne a peu goûté une fin de règne marquée
par les affaires et les abandons de souveraineté au profit de l'Europe.
Voilà pourquoi, lui qui a biographié tout ce que la République compte
de grands hommes, refuse d'inscrire son ex mentor François Mitterrand
à son tableau de chasse. Les souvenirs, pourtant, ne lui manquent pas
sur ce personnage romanesque que, pendant un an, il a vu en tête à tête,
et qui, un jour, lui dit à propos des socialistes niçois (mais, précise
Max Gallo, cela valait peut être pour les autres) : " Ce sont des
rats ! "
" Pour être franc, jure l'écrivain, je n'ai jamais été
très impressionné par Mitterrand. Sa volonté d'établir une prééminence
sur son interlocuteur, de le réduire à l'état de courtisan ou sinon
de l'annihiler, me déplaisait beaucoup. J'ai vu des gens estimables,
une fois la porte, de son bureau franchie, devenir des élèves de sixième
face à un proviseur "
Déçu par François Mitterrand, Max Gallo s'est tourné vers Jean
Pierre Chevènement. La culture historique de l'ancien ministre de l'Intérieur,
son républicanisme à rebrousse poil ne pouvaient que séduire notre jacobin
du V° arrondissement. Ex vice président du Mouvement des citoyens (MDC),
le parti chevènementiste, Max Gallo ferraille parfois au service du
" Che ", le temps d'un éditorial. Le romancier tous publics se révèle
alors un redoutable puncheur.
"
De tous les personnages dont j'ai écrit la vie, de Gaulle est celui
qui m'a le plus ému "
Mais
le véritable grand homme de cet intellectuel de gauche est en fait un
homme de droite : le général de Gaulle. " De tous les personnages
dont j'ai écrit la vie, admet il, de Gaulle est celui qui m'a
le plus ému, dont je me sens le plus proche - sa vision de l'histoire,
son entourage, ses rapports avec sa fille malade, son pessimisme. C'était
un être de douleur et de grandeur. " Le fils d'immigrés italiens
qu'il est se reconnaît dans la synthèse nationale gaullienne, cette
façon de " réconcilier Louis XIV et les soldats de l'an H, Péguy
et Jaurès, Blum et même Brasillach ".
A l'inverse, l'auteur de La Baie des anges n'aime guère notre
République repentante. " Lionel Jospin a rendu hommage aux mutinés
de 1917. Très bien, mais il aurait fallu honorer aussi le sacrifice
de leurs camarades de combat ! "
Universitaire défroqué, romancier a succès, jacobin tendance Jean
Pierre Chevènement, et maintenant nostalgique du gaullisme ! Décidément,
Max Gallo aggrave son cas auprès de la gauche bien-pensante. Mais, chut,
ne le répétez pas: se voulant d'abord patriote, il n'est plus très sûr
lui-même d'être encore un homme de gauche...
François
Dufay.
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